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C’est quoi cet acronyme CFA tiré à hue et à dia et mettant actuellement sens dessus dessous bon nombre d’états africains de l’espace francophone? En effet, il s’agit du franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique), une monnaie que partagent quinze états d’Afrique occidentale et centrale. Faut-il la maintenir ou l’abandonner? Les protagonistes s’écharpent en plein jour et le débat fait rage dans les salons feutrés et sur les forums de discussion. Thuriféraires et détracteurs abondent dans des sens différents. En effet, cette monnaie a une particularité voire une bizarrerie. Elle est fabriquée en France, dans un charmant petit bourg, Chamalières, dans le Puy-de-Dôme. Une commune dont le maire n’est personne d’autre que Louis Giscard d’Estaing, le fils de Valéry Giscard d’Estaing. Drôle de coïncidence. Comme nous le savons, le franc CFA est issu de la colonisation et son développement s’est accéléré après la seconde guerre mondiale. Et tout cela s’inscrit dans un but bien précis, maintenir les anciennes colonies africaines dans le pré-carré français.

Aujourd’hui, le franc CFA est utilisé dans deux unions monétaires distinctes disposant chacune d’une banque centrale en leur sein mais dont le contrôle dépend de la fameuse Banque de France. Les deux entités monétaires sont la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) et l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine) ayant chacune un compte auprès du Trésor français.  De vraies vaches laitières. Drôle de scénario, ce que disent bon nombre d’économistes avertis de la scène politique internationale. L’on dit de nos jours plus haut ce que certains pensaient plus bas naguère : cette monnaie est un véritable outil de servitude. Pour tirer un trait sur cette époque coloniale douloureuse, l’acronyme CFA s’est mué ensuite en Coopération Financière Africaine. Mais n’oublions pas tout de même que ce franc est aussi utilisé aux Comores. Cette monnaie a toujours été rattachée au franc symbolique, remplacé de nos jours par l’euro, la monnaie de l’Union Européenne. C’est-à-dire qu’elle a un taux de change fixe et suit le cours de l’euro. Mais l’étrangeté dans ce contrat, c’est que tous les pays de cette zone du franc déposent leurs réserves de change auprès du Trésor français. Un accord tacite qui a scellé et continuera de sceller le destin politique de ces quinze pays concernés. Toujours sous le joug et aux dépens de la France. Malgré tout cela, il existe in fine des avantages que regorge cette monnaie qui nous maintient encore dans une forme d’asservissement. Une autre forme de colonisation sous d’autres cieux et cela se sait ! D’où une rébellion naissante de certains chefs d’Etats africains comme récemment ce fut le cas du président Tchadien, Idriss Déby Itno tandis que d’autres comme Alassane Dramane Ouattara, Faure Gnassingbe ou Macky Sall pérorent dans un autre sens. Un dialogue de sourds et un combat entre pot de terre et pot de fer font le lit de cette division entre chefs d’Etat africains. L’éternel malaise.

En fait, il est des avantages notoires que sont la stabilité et la parité fixe de la monnaie dans ce monde dominé par un chaos et une géopolitique clivante. De sa création à maintenant, il n’y eut qu’une seule véritable secousse, sa dévaluation en 1994. Avec le franc CFA, existe une once d’inflation et il n’y a pas de crise de la balance des paiements. Mais quand l’euro est trop fort, le franc CFA est surévalué, ce qui crée des dysfonctionnements criards. La compétitivité s’affaiblit et cela pénalise les économies de ces pays. En ce moment, l’on parle de dévaluation du franc et surtout dans la zone de la CEMAC et non dans celle de l’UEMOA. En effet, pour déprécier le franc CFA, il faut un accord commun de tous les pays concernés. Le nœud est trop gros pour être gordien et il est très compliqué à défaire. Mais ce qui semble hilarant, c’est que ce franc, depuis sa genèse, a  permis peu ou prou l’éclosion des économies des pays concernés. Déception et stupéfaction. Le seul point positif est la stabilité économique de cette monnaie qui nous asservit encore rendant notre amertume plus profonde. Mais ce qui fait entendre gronder le courroux des africains, c’est le symbole politique de cette monnaie fabriquée en France. Et cette dernière a droit au chapitre dans toute décision économique et politique sur nos états. Et toujours cette histoire jalonnée d’amour et de haine entre la France et son pré-carré africain. Une atteinte à la souveraineté de nos états.  Et cette soi-disant élite manipulée à souhait. Et les intérêts convergents de certains dirigeants africains avec leurs homologues français. Hélas l’histoire continue de bégayer : mauvaise gouvernance chronique, aucune transparence etc. Une manière de dire que le franc CFA sert de soupape de sécurité à certains bons élèves présidents africains.

Somme toute, il nous faut des solutions alternatives. Du concret. Le débat gagne du terrain et se pose lentement mais sûrement. Récemment l’ancien ministre français, en l’occurrence Michel Sapin avait fait montre de sa volonté d’en parler lors d’un séminaire à Abidjan avec ses homologues africains tenaillés par cette question ubuesque et de nature tabou. Mais la question à brûle-pourpoint, c’est de savoir comment peut-on libérer un esclave qui, humant l’air de la liberté, refuse de franchir le seuil de la porte du maître qui lui a indiqué déjà le chemin. Mais apparemment il ne saute pas le pas. La balle est in fine dans le camp des états africains mais l’on ne sait pas ce qui se trame dans le secret des dieux. Comprenne qui pourra !

POUYE Ibra

 

 

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