Annonce publicitaire

ACTUALITES

Pascal Alihonou : La liquidation d’Air Afrique est en cours depuis une douzaine d’années. A quand la fin ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : Alors, exactement  cela fait 13 ans. La compagnie a déposé le bilan auprès du tribunal de commerce d’Abidjan en avril 2002, nous sommes en mai 2015 cela fait exactement 13 ans. Où est ce qu’on en est ? Nous en sommes au point où, nous, les créanciers de la compagnie faisons face aux liquidateurs qui ont été désignés. Il y a eu deux liquidations principales, l’une à Abidjan l’autre à Dakar. Nous sommes face à ces liquidateurs qui ont réalisé les actifs de la compagnie et n’ont pas réussi à éponger la dette envers les travailleurs et les créanciers de la compagnie

Vous faites face à ce liquidateur, vous l’avez évoqué tantôt, où se situent exactement les blocages ?

Les blocages sont pour le Sénégal… car moi je peux parler pour les travailleurs sénégalais… Pour le Sénégal, les liquidateurs qui se sont succédé ont indemnisé certains d’agents.

Au départ nous étions 800 personnes il semble qu’actuellement (mai 2015) il reste 250 à 260 agents n’ayant pas été indemnisés. Il semble que les fonds disponibles ne permettent pas d’indemniser les 250 à 260 agents restants. L’Etat (sénégalais) s’était engagé à se subroger au liquidateur au cas où ce dernier ne pourrait pas indemniser les agents. Donc s’il y a un blocage, on peut dire que c’est au niveau de l’Etat  puisque l’Etat jusqu’aujourd’hui  ne s’appuie que sur un fonds social qui a été créé par décret il y a 12 ans pour réaliser cette indemnisation. Si on n’utilise que ce fonds social nous devrons sans doute attendre encore 12 à 13 ans pour que l’indemnisation des 250 à 260 agents restants soit effectuée.

 Affichage de PascaletDoucoure1.jpg en cours...

Pascal Alihonou : Nous reparlerons de ce fonds social…  Combien doit l’Etat (du Sénégal) à ces 250 260 agents d’Air Afrique ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : L’Etat … les 250 260 agents qu’il reste à indemniser… Disons que la masse globale due est comprise entre 6 et 7 milliards de FCFA. Ce montant représente les droits de licenciement, les arriérés de salaire, les frais de rapatriements etc

Comment expliquez-vous ce blocage, sachant qu’Air Afrique avait un patrimoine constitué de biens mobiliers et immobiliers ?

Alors… il a été évalué qu’au Sénégal, les actifs de la compagnie (Air Afrique) au moment de la cessation d’activité s’élevaient à 40 milliards de FCFA. Il y avait une masse financière d’environ 40 milliards de FCFA dans ce pays ! Cette masse financière est tombée dans l’escarcelle du liquidateur. Autrement dit, cette somme représente ce que le montant minimum que le liquidateur devait réunir après avoir vendu les actifs. Ces 40 milliards de FCFA auraient  permis d’indemniser les travailleurs et de désintéresser les créanciers.  Nous savons, parce que ce sont les liquidateurs eux-mêmes qui l’ont dit, que tous les biens (mobiliers et immobiliers) ont été liquidés… 

De quoi s’agit-il concrètement ?

Il s’agit des immeubles qui appartenaient à la compagnie (Air Afrique), des immeubles et des villas. Il y avait un immeuble très célèbre situé à la place de l’indépendance. Il y avait aussi la direction locale, la direction  Sénégal d’Air Afrique. Il y avait aussi des villas au point E, je ne connais pas le nombre exact mais je puis affirmer, preuves à l’appui, qu’une dizaine de villas d’Air Afrique, situées au point E, ont été vendues. Il y avait également  800 000 (huit cent mille) mètres carrés de terrain qui constituaient  l’espace réservé pour le centre de formation des apprentis d’Air Afrique qui se trouve sur la route de l’aéroport. Ces 800 000 (huit cent mille) mètres carrés de terrain ont été vendus. C’est sur un pan de ces 800 000 (huit cent mille) mètres carrés qu’a été construit l’hôtel Onomo, le reste a été débité 140 à 150 parcelles sur lesquelles se trouvent aujourd’hui des villas ! Ces terrains ont été vendus, je suppose… Dans le patrimoine d’Air Afrique, Il y avait également du matériel,  des pièces de rechange pour les avions… il y avait deux avions quasiment complets avec des moteurs des trains d’atterrissage. Comme je vous l’ai déjà dit, la valeur minimale des biens appartenant à Air Afrique au moment de la cessation d’activités avoisinait les 40 milliards de F CFA…

L’évaluation est-elle correcte ?

Le chiffre global semble correct car nous avons un listing exhaustif des pièces de rechange, on connait le nombre de villas, on connait le prix du mètre carrés dans la zone de l’aéroport : 800 000 (huit cent mille) mètres carrés… s’ils ont vendu ne serait-ce qu’à 100 000F CFA (cent mille francs CFA) le mètre carré la vente aurait dû rapporter au moins 8 milliards… vous voyez on va très vite !

Le siège d’Air Afrique situé place de l’indépendance… Si vous voulez… cette évaluation me semble correcte ! Sans compter ce qu’il y avait dans ces locaux… il y avait tout le matériel d’Air Afrique : des bureaux, des ordinateurs… Ce montant de 40 milliards ne me semble pas exagéré!

C’est d’ailleurs pour cette raison que le Sénégal avait exigé une liquidation principale à Dakar au Sénégal tel que le prévoyait le traité de Yaoundé portant création de la compagnie multinationale.

 

 Affichage de PascaletDoucoure2 .jpg en cours...

Pascal Alihonou : Où se situe le blocage puisque vous n’avez toujours pas reçu l’argent qui vous est dû ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : Le blocage se situe dans le fait que la liquidation n’est pas terminée. Il est donc impossible à l’heure actuelle de tirer un bilan.

C’est pour qu’un bilan soit présenté que nous exigeons la réédition des comptes !

Ainsi que je vous l’ai dit, une liquidation de compagnie commerciale dans l’espace UEMOA et même au niveau de l’OHADA, une liquidation dure 3 ans or la nôtre, celle d’Air Afrique a déjà duré 13 ans! Une liquidation peut être éventuellement prorogée de 1 ou 2 ans mais en aucun cas elle ne peut être prorogée de 10 ans !

Nous avons le sentiment, nous avons même la certitude que les liquidateurs  ne veulent pas régler cette liquidation ! Nous avons le sentiment que les liquidateurs ne veulent pas rendre compte.

Nous exigeons la réédition des comptes et ce sera le point de départ pour éclaircir toutes les zones d’ombre qui sont là et qui finiront si l’on n’y prend garde à s’estomper avec le temps. Si on ne rend pas les comptes on ne saura jamais ce qui s’est passé

Soupçonnez vous une nébuleuse ? Qui serait derrière : l’Etat  des particuliers véreux??

Il est évident pour tout le monde qu’il y a une nébuleuse ! Je vous ai parlé d’un contrat de réalisation de certains actifs techniques comme 2 avions, des pièces de rechange, de l’outillage.

Dakar abritait le centre industriel de la compagnie, c’est ici qu’étaient réparés les avions et les équipements des avions. C’est ici qu’il y avait un stock de roues de freins de trains d’atterrissage, de moteurs, d’APU (l’APU c’est le petit moteur auxiliaire). Tout cela avait une valeur assez importante que l’on peut chiffrer. On peut chiffrer le coût que ça avait il y a 10 ans, on peut chiffrer cela et ne serait-ce que pour le matériel qui était entreposé, le matériel les pièces de rechange, y compris le matériel qui fait aujourd’hui le bonheur de AHS et SHS, du matériel de handling. La valeur de ce matériel d’assistance en escale, est comprise entre 10 et 12 milliards de F CFA. Nous avons un document qui dit que tout ce matériel a été vendu entre 800 et 900 millions de FCFA !  Il y a quand même une différence assez importante pour ne pas dire troublante. Donc s’il y a nébuleuse elle est là. Mais pour démêler les fils, il faut un audit, il faut une enquête, il faut que les liquidateurs disent: qu’est ce qui a été réalisé ? Qu’est ce qui a été vendu ? A combien et à qui ?

Pascal Alihonou : Vous avez parlé d’AHS, on sait que la défunte compagnie Air Afrique était leader dans le domaine de l’assistance technique. Comment a été gérée la transition dans le cadre de cette liquidation. Qu’est-il advenu de la partie de l’assistance technique qui revenait à Air Afrique ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : Air Afrique avait, au Sénégal et ailleurs, 2 concessions : la concession de trafic (transport de passagers et de fret, autrement dit des personnes et de biens) et une seconde concession qui était l’assistance en escale.

L’assistance en escale, c’est l’assistance aux avions qui touchent le territoire : l’entretien des avions, l’entretien en piste des avions, le  débarquement passagers, le débarquement des bagages, le nettoyage de l’avion etc

Dans les années 2000 – 2002, au niveau du Sénégal, ces activités d’assistance des avions au sol représentait une manne de 600 à 700 millions de F CFA par mois.

Air Afrique percevait des compagnies qu’elle assistait 600 à 700 millions par mois. Il faut noter qu’Air Afrique ne se rémunérait pas, elle assistait ses propres avions, mais si on peut rajouter la quote part qu’aurait dû facturer Air Afrique, on atteindrait des rentrée financières mensuelles comprises entre 800 900 millions de F CFA par mois, cela représente une somme très importante. Une somme tellement importante que c’étaient ces recettes de l’assistance en escale à Dakar qui permettaient de payer le millier d’agents d’Air Afrique qui étaient basés à Dakar. De les payer intégralement! Une fois qu’ils étaient payés, le reste de l’argent était versé à la trésorerie à Abidjan et servait après à payer les autres lieux ou peut être l’assistance n’était pas aussi lucrative qu’à Dakar.

Donc c’est pour vous dire que si l’on compte 800 millions par mois pour l’assistance en escale eh bien sur 12 mois vous voyez ce que cela donne…

Alors qu’est devenue cette assistance ? Je veux dire après la cessation d’activités d’Air Afrique …

Alors … au décès d’Air Afrique, l’Exécutif en place à l’époque (celui de Me Wade, du PDS) a fait un décret réquisitionnant le matériel d’assistance en escale qui était la propriété d’Air Afrique, réquisitionnant le personnel chargé de l’assistance en escale et créant un directoire opérationnel chargé de gérer l’assistance en escale.

Air Afrique ayant disparu, le service d’assistance en escale était toujours assuré par ce directoire, les avions qui arrivaient, continuaient d’être assistés comme dans le passé et en contrepartie les avions atterrissant à Dakar payaient bien sûr la facture d’assistance.

A cette époque, de la disparition d’Air Afrique, je crois que  le syndicat qui existait au Sénégal qui s’appelait  le SUTAAS (Syndicat Unique des Travailleurs Aériens et des Activités Annexes du Sénégal). Ce syndicat avait rué dans les brancards affirmant que le matériel d’Air Afrique ne pouvait être ainsi utilisé. Les autorités avaient réagi en créant un fonds social pour indemniser les agents d’Air Afrique.

Puisque le syndicat avait tapé du poing sur la table, le directoire avait reçu l’ordre de recommencer à payer  (des salaires mensuels) à tout le personnel d’Air Afrique qui était licencié et basé à Dakar, pas uniquement les sénégalais, tout le monde, tous les travailleurs d’Air Afrique! Cette reprise du paiement des salaires malgré la cessation des activités d’Air Afrique a duré 9 mois.

Les travailleurs d’Air Afrique recevaient des fiches de paie à l’appui, sur lesquelles figuraient les retraits correspondant aux impôts et taxes sur les salaires, correspondant aux cotisations retraite !

Ces gens-là ont été payés 9 mois! Après 9 mois plus aucun salaire n’a été payé aux agents d’Air Afrique et deux nouvelles sociétés ont été créées, il s’agit : d’AHS et d’SHS qui ont récupéré l’assistance en escale et cette manne mensuelle de 800 millions de FCFA.

Dans la pratique, comment s’effectuait le retrait des impôts sur les salaires vu que la compagnie (Air Afrique) n’existait plus ?

Les fiches de paye existent et chaque agent payé voyait les retenues. En principe, ces retenues devaient être versées aux Trésor. Mais il semble que le Trésor n’a jamais reçu cet argent parce qu’Air Afrique n’existait plus! C’est la version de cette histoire que nous avons ! Il faut que quelqu’un aille vérifier où sont allés les retenues prélevées sur les salaires !

Pascal Alihonou : 13 ans que la liquidation est en cours ! Aujourd’hui, concrètement, que réclament les agents ou plutôt les ex agent d’Air Afrique que vous êtes ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : Les ex agents d’Air Afrique qui n’ont pas été indemnisés réclament simplement que cette indemnisation soit faite rapidement. C’était d’ailleurs un des soucis de l’actuel Président de la République Monsieur Macky Sall à son avènement au pouvoir. Le Chef de l’Etat Macky Sall lui-même avait estimé que cette liquidation avait trop duré! Effectivement, cela fait 13 ans que nous 250 à 260 ex travailleurs d’Air Afrique attendent ! De guerre lasse nous comptons entamer d’autres actions ou trouver des voies judiciaires pour obtenir en fin le paiement des sommes qui nous sont dues.

Pourtant les autorités ont donnés beaucoup d’assurances, l’une des plus récentes est la déclaration du ministre de la Fonction Publique. Etes-vous rassuré par le discours du Pouvoir en place ?

Je dois dire que depuis que le collectif que je représente s’occupe de cette affaire, nous avons connu 4 (quatre) ministres chargés de cette mission.

Après la prise de fonction de Mor Ngom, le 1er ministre chargé des Infrastructures sous le magistère du Président Macky Sall, nous avons noté des avancées importances allant dans le sens d’un règlement immédiat ou quasi immédiat de ces indemnisations. Le ministre Mor Ngom avait même été lancé un emprunt au niveau de certaines institutions notamment la Diamond Bank. Cet emprunt devait être adossé sur Fond Social et devait été garanti par l’Agence de Navigation Civile qui perçoit tous les mois ou qui devrait percevoir tous les mois les ressources provenant du Fonds Social.

Cette initiative du Ministre Mor Ngom est la seule avancée notable que nous ayons eue. Moins d’un (1) an après avoir entamé cette action qui aurait pu résoudre le problème des ex travailleurs d’Air Afrique, Mor Ngom, premier ministre des Infrastructures, du Président Sall, a été remplacé par Thierno Alassane Sall qui a pris le contre-pied de son prédécesseur (NDLR remaniement gouvernemental de septembre 2013)

En quoi faisant ?

En supprimant cette possibilité de recourir à un emprunt. Un acte qui aurait peut-être permis de payer 60 % des droits des ex travailleurs ,d’Air Afrique. Il (Thierno Alassane Sall ) a pris le contrepied de son prédécesseur, on ne sait pour quelle raison il (Thierno Alassane Sall ) ne s’est pas expliqué.. Peut-être n’en a-t-il juste pas eu le temps car il (Thierno Alassane Sall ) n’est pas resté longtemps ministre des infrastructures (Remaniement gouvernemental de juillet 2014 Mansour Elimane KANE est nommé ministre des Infrastructures ) pour ne rien arranger, le Transport Aérien a été détaché du ministère des Infrastructures et rattaché au ministère du Tourisme…

Pascal Alihonou : Hormis l’action judiciaire souvent considérée comme la dernière arme dans un processus de revendication. Est-ce qu’il y a actuellement un dialogue entre les autorités et les 250 à 260 ex travailleurs d’Air Afrique non encore indemnisés ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : Il n y a pas de dialogue, Il n y a pas de dialogue avec les autorités !  Il n’y a plus de dialogue… La dernière fois que nous avons rencontré un responsable gouvernemental c’était l’actuel ministre du tourisme et des transports aériens (Abdoulaye Diouf SARR). La rencontre a eu lieu il y a 6 ou 7  mois, je le dis de mémoire, c’était avant les élections locales c’était bien avant la francophonie, il (Abdoulaye Diouf SARR) nous avait promis une action rapide! Mais depuis 6 à 7 mois nous attendons mais les actes n’ont pas suivi la promesse du ministre. Il a été convoqué récemment à une réunion où participait, à laquelle participaient  plusieurs commis de l’Etat dont le directeur de l’ANOCI mais le ministre qui avait convoqué cette réunion n’a pas pu se présenter il s’est fait représenter par son directeur de cabinet et cette réunion n’a donné aucune véritable avancée c’est pour cela que je me permets de dire que nous ne voyons pas d’action concrète malgré les promesses…

Si vous étiez en face du ministre responsable de dossier des ex travailleurs d’Air Afrique ou du Président de la République ? Que leur diriez-vous ? Que leur demanderiez-vous ?

Si j’y étais… je vous réponds simplement, j’ai eu l’occasion d’être en face des autorités notamment du Président de la République, du ministre des Transports aériens,  la seule chose que j’ai dit c’est ce que je vous dis depuis le début de cet entretien.

La seule chose que je dis c’est celle que je dis à tout le monde : 13 ans ça suffit !!!

Il faut indemniser les agents qui attendent depuis 12 ans !

Nous avons perdu 70 agents qui ont attendu en vain et sont passés de vie à trépas !

Certes le décès de ces 70 ex agents d’Air Afrique n’a pas pour seule cause le non-paiement des indemnités de cessation des activités de la compagnie aérienne,  mais cette situation n’a pas aidés  ces 70 agents parce que des familles ont été disloqués, des ménages ont été détruits, des enfants ne peuvent plus aller à l’école, les familles ne peuvent plus se soigner car n’ayant plus de couverture sociale. Nous disons : 13 ans ça suffit !!!

Pascal Alihonou : Parlons à présent d’une autre compagnie qui semble connaitre des difficultés graves : Senegal Airlines. En tant que professionnel de l’aéronautique, nous supposons que vous suivez ce dossier.  Que vous inspire la situation actuelle de la compagnie aérienne Senegal Airlines ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré : Senegal Airlines… c’est beaucoup de tristesse que je vois ce qui s’y passe.

D’entrée de jeu, je tiens à préciser que je n’ai même pas un regard pointu sur Senegal Airlines car tout ce que je sais de la situation dans cette compagnie, je le sais grâce aux médias.

Senegal Airlines a été créée il y a 4 ans environ (2011), sur les cendres d’ASI (Air Sénégal International) qui si vous vous en souvenez a été déclarée en cession d’activité à cause d’un passif d’environ 10 milliards de F CFA !

 La situation de Senegal Airlines est triste car, aujourd’hui cette compagnie est semble-t-il assise sur un passif de 60 milliards de F CFA, soit 6 fois le passif qui a justifié la cessation d’activité d’ASI (Air Senegal International).

Dans notre jargon aéronautique, cette compagnie (Senegal Airlines) est morte. Elle avait à sa création un capital de 16,5 milliards de F CFA,  elle a pratiquement mangé 4 fois et demi son capital qui du reste n’avait pas été intégralement libéré lors de la création de l’entreprise. *

D’après ce que je sais, ce que je lis et entends via les médias (radios, télévisions et sites internet) l’Etat veut malgré tout sauver Senegal Airlines, c’est encore  possible, tout est possible à condition d’en avoir les moyens: il faudra dans ce cas-là payer la dette (60 milliards) et investir pour développer cette compagnie…

Ce que le gouvernement n’a pas pu faire pour Air Senegal International…

A mon avis, ASI (Air Senegal International) était mieux structurée dans son business plan que Senegal Airlines. ASI faisait des vols sur Paris et New York. ASI faisait la côtière et faisait les voyages vers pays de voisinage immédiat du Sénégal.

Contrairement à ASI, Senegal Airlines n’a jamais fait un vol long-courrier. Quand on sait que l’essentiel du trafic aérien touchant le Sénégal vient d’Europe on se demande pourquoi Senegal Airlines est absente du marché des vols longs courrier. Elle (Senegal Airlines) n’y est pas depuis sa création. Donc je pense qu’il y avait quand même congénitalement une anomalie de taille sur leur business plan.

Autre constat : Air Senegal International avait un chiffre d’affaire en volume de trafic supérieur à celui de Senegal Airlines récemment crée…

Senegal Airlines un bébé mort-né ?

Peut-être que le plan, de développement prévoyait une extension car le but d’une compagnie aérienne c’est de vendre des sièges sur des distances importantes…

Peut-être que Senegal Airlines prévoyait d’aller à Djeddah, Dubaï, New York, Paris, mais cela ne s’est pas fait, donc il faut sans doute déduire que le développement de cette compagnie était plombé pour une raison ou une autre. Je n’ai pas le plan de développement de Senegal Airlines sous les yeux, mais  le constat est là : il est évident qu’aucune compagnie aérienne ne peut pas prospérer sur un réseau local en faisant des petites distances Banjul-Dakar Bamako-Dakar, Nouakchott-Dakar ou Bissau-Dakar ne sont pas des destinations permettant de gagner assez d’argent pour rendre viable une compagnie aérienne.

 Desservir les capitales des pays voisins du Sénégal  ne permet pas de gagner de l’argent…

Pascal Alihonou : Bientôt le Sénégal va inaugurer un nouvel aéroport international. L’ aéroport Blaise Diagne un beau bijou ou un bijou utile ?

Commandant Bou El Moctar Doukouré :   C’est surement un bel aéroport, un bel ouvrage!

Je crois que la capacité prévue à Blaise Diagne sera d’environ 6 millions de passagers par an, ce serait 3 ou 4 fois la capacité de Léopold Sédar Senghor.

L’aéroport Blaise Diagne  est certainement un bel ouvrage et tout ce que l’on peut regretter c’est qu’il n’y ait pas de compagnie nationale aujourd’hui. Qu’il n’y ait pas de compagnie nationale sénégalaise au niveau où on aurait espéré qu’elle soit située pour occuper les places qui vont se créer à l’aéroport Blaise Diagne de Diass, les meilleurs créneaux les meilleurs emplacements devraient aller aux compagnies aériennes sénégalaises or je crois que Senegal Airlines n’est pas au niveau escompté pour occuper ces places, pour occuper les bonnes places...

Que pourraient représenter ces créneaux dont vous parlez à l’aéroport Blaise Diagne en termes d’intérêt pour le Sénégal?

C’est l’équivalent des créneaux dont dispose Air France à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle.

La compagnie qui porte le pavillon national,  c’est elle qui doit avoir, c’est elle qui aura les meilleures heures!

Vous savez, dans le transport aérien il y a des créneaux de départs et des créneaux d’arrivée.

Des créneaux de départ de chez vous et des créneaux d’arrivée dans les aéroports que vous allez visiter. Par exemple il serait ridicule de partir de Dakar pour arriver à New York à 12 h.

Pourquoi ?  Parce que toutes les correspondances vers l’intérieur des USA partent  durant le créneau compris entre 7h et 9h du matin.  Donc si le vol d’une compagnie aérienne sénégalaise partie de Dakar atterrissait à New York à 12h, les passagers devant prendre une correspondance devront attendre le lendemain matin ou le soir. Vous comprenez ???

Donc il faut se positionner à l’aéroport international Blaise Diagne pour avoir les bons créneaux horaires, ceux qui sont étudiés en fonction du trafic généré par la plateforme car à l’aéroport Léopold Sédar Senghor il y a entre 2 millions et 2 300 000 (deux millions trois cent mille) passagers qui touchent le Sénégal. Ce volume est important ! Dans la sous-région UEMOA l’aéroport le plus important est celui de Yoff. Son minimum de 2 millions de passagers place l’aéroport de Yoff devant celui d’Abidjan !

Voulez-vous dire que le Sénégal ne va pas tirer parti de l’AIBD ??

Ce n’est pas ce que j’ai dit !

Ce que je dis c’est qu’il faudrait que les compagnies sénégalaises qui vont exister et qui existent déjà, Senegal Airlines par exemple s’installent à l’AIBD et choisissent en première position les meilleurs créneaux, or cette compagnie (Senegal Airlines) actuellement ne peut rien choisir car elle n’existe pas, elle n’existe plus !

Advertisement
 
advertisement