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La fortification des aliments n’est plus l’apanage des grandes industries et instituts de recherche. Yaye Fama Dieng et Lissoune Ndiaye, deux étudiantes de l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar, sont à la tête d’une équipe qui a fabriqué une farine à base de maïs, de mil, de poudre de pain de singe (bouye). Cette farine a été fortifiée avec la poudre de never die (nébédaye, en wolof).

Les résultats sont satisfaisants. La farine a un pouvoir calorifique de 331,9 kilocalories. Elle a déjà amélioré l’état nutritionnel de 200 enfants et 123 personnes âgées. Cette recette relance le débat sur la valorisation d’une plante vivrière qui n’a pas encore fini de révéler toutes ses vertus.

Yaye Fama Dieng et Lissoune Ndiaye sont toutes deux étudiantes à l’Ecole supérieure polytechnique (Esp) de Dakar. Elles préparent le Diplôme d’études supérieures en commerce, administration et finances (Descaf) au département de Gestion de l’Esp. Lissoune Ndiaye n’a que 21 ans et est titulaire d’un baccalauréat série S 1. Quant à Yaye Fama Dieng, elle est âgée de 22 ans. Elles n’ont pas encore terminé leur formation.

Mais elles sont déjà utiles à leur communauté. Ces deux étudiantes sont à la tête de l’équipe qui a amélioré les revenus des femmes de Darou Thioub, un village situé près de Niacourab, dans la région de Dakar. Elles ont conduit de bout en bout le projet de fabrication locale des aliments fortifiés. Elles n’ont pas cherché loin. Elles ont pensé à explorer davantage les bienfaits d’une plante médicinale comestible, très connue de la flore sénégalaise : le moringa oleifera, plus connu sous le nom de never die (nébédaye, en wolof).

La poudre issue des feuilles de cette plante vivrière a été associée à celle du mil et du maïs avec un dosage précis. Le résultat est inattendu, d’après les tests : la farine fortifiée localement avec des produits locaux a donné 331,9 kilocalories. « Nous avons amélioré l’état nutritionnel de 200 enfants et de 123 personnes du 3e âge dans le village de Darou Thioub », a révélé Yaye Fama Dieng.

Leur farine fortifiée condense l’essentiel de tout ce dont l’enfant a besoin pour sa croissance. Déjà, à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar, on revendique des propriétés meilleures que des aliments vendus dans des officines de pharmacie. « Cette farine est composée de mil, de maïs, de moringa et de « bouye ». Elle a tout ce que l’enfant a besoin pour sa croissance. Elle contient 331,9 kilocalories. Or, un enfant de 36 mois a besoin de seulement 100 kilocalories. Elle est riche en potassium, en fer et en nombreux nutriments avec l’additif du moringa. Cette farine permet d’accélérer la croissance », a vanté Lissoune Ndiaye.

Des femmes améliorent leurs revenus

Ces deux étudiantes, comme du reste l’équipe, ont constaté que la malnutrition était un problème de santé, aussi bien dans cette zone que dans plusieurs parties du Sénégal. Elles ont alors pensé à des solutions simples et accessibles, en puisant dans les réserves de propriétés du never die, une plante aux multiples vertus. « Nous sommes parties d’un potentiel local pour résoudre un problème national. Lorsque je parle de problème, il s’agit de la pauvreté et de la malnutrition », a indiqué Lissoune Ndiaye.

Cerise sur le gâteau. La technologie est transférée. Les femmes de Darou Thioub utilisent cette recette et fabriquent la farine.

Actuellement, elles ont non seulement une activité, mais aussi amélioré leurs revenus. « Les femmes n’avaient pas d’activités lorsque nous visitions Darou Thioub. Nous avons conçu une technologie qui permet de produire de la farine fortifiée. Elles sont parvenues à accroître leurs revenus grâce à cette technologie », a rapporté Lissoune Ndiaye.

Leur équipe est motivée par la recherche de solutions à la portée de tous pour résoudre les problèmes des communautés démunies. C’est après la visite de terrain que l’idée de fabrication d’une farine fortifiée a commencé à germer dans la tête de ces étudiantes. L’équipe est allée jusqu’au bout en la concrétisant. Le passage de l’étape de réflexion à celle de réalisation n’est pas toujours évident. Mais à l’Esp, à la limite, on force les étudiants à franchir ce pas, selon l’un des encadreurs, Dr Ousmane Ly. Sous le contrôle de leurs professeurs, les étudiantes et étudiants ont pris conscience qu’il ne faudrait pas tout attendre de l’Etat. Elles viennent de rendre la monnaie à la communauté. Il reste l’utilisation à grande échelle de cette farine fortifiée avec le moringa.

L’équipe repose, de façon inconsciente, la valorisation d’une plante aux multiples vertus thérapeutiques et culinaires. Dans les pays comme le Burkina Faso ou encore le Mali, et même en Inde, l’Etat et les industries ont développé une politique cohérente de valorisation du moringa.

Au Sénégal, plusieurs chercheurs ont mis en évidence les propriétés de cette plante. Jusqu’ici, sa valorisation n’a pas encore atteint le niveau souhaité. Espérons que les instituts de recherche, précisément ceux qui ont en charge l’application des résultats, donneront un coup de pouce à ces deux jeunes étudiantes qui font partie d’une équipe dénommée Entrepreneurial action by university students.

Idrissa SANE

Le Soleil